“Ne travaillez jamais” !
ce slogan provocant de mai 68 mériterait une dissertation de philosophie en 2008... Il nous renvoie surtout à des étapes clés de notre pacte social.
En décembre 1948, les Nations Unies ont posé le droit au travail comme un droit fondamental (Déclaration universelle des droits de l’Homme).
Quelques années plus tôt, le Front populaire avait ouvert en France la voie avec les congés payés et les 40 heures. Quelques années plus tard, mai 68 a conforté ces acquis et reconnu le droit
syndical. Mai 68 fut une étape marquante pour le monde ouvrier.
Ces retours sur l’histoire nous interrogent sur le droit au travail aujourd’hui. Un débat que nous vous invitons à poursuivre avec nous, dans la perspective des 60 ans de la Déclaration universelle
des Droits de l’Homme,
en décembre 2008.
Un livret
Comme pour l'exposition autour du Front Populaire, la section LDH de Royan a réalisé un livret synthétique autour de Mai 68 et du droit au travail.
"D’hier à aujourd’hui : Mai 1968, une étape charnière"
De 1968 (accords de Grenelle) en repassant par 1936 (accords de Matignon) et 1948 (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) :
des hommes et des idées pour le droit au travail
Sommaire : "Mai 68, 2è révolution sociale", "Des slogans et des idées" (extraits ci-dessous),"Du mouvement ouvrier aux accords de Grenelle", "De la grève au droit au travail",
"Travailler mieux !" (extraits ci dessous)
Des slogans et des idées...
Mai 68 pour beaucoup d’entre nous ce sont des slogans peinturlurés sur les murs ou illustrés sur des affiches devenues fort
célèbres.
Au delà des bons (ou moins bons) mots,
ce sont surtout des idées à débattre ou à penser qui se référaient à une époque, mais qui n’ont
pas forcément perdues de leur pertinence aujourd’hui...
Le pouvoir sur ta vie,
tu le tiens de toi-même
Mort aux tièdes
A bas le sommaire - Vive l’éphémère
Baisez-vous les uns les autres
sinon ils vous baiseront
La bourgeoisie n’a pas d’autre plaisir que de les récupérer tous
Autogestion de la vie quotidienne
Est prolétaire celui qui n’a aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie quotidienne et qui le sait
Ne vous emmerdez pas - Merdifiez
Tout ce qui est discutable
est à discuter
La barricade ferme la rue
mais ouvre la voie
La société est une fleur carnivore
Le droit de vivre ne se mendie pas,
il se prend
Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs
Sous les pavés, la plage
Soyez réalistes
Demandez l’impossible
Une pensée qui stagne est une pensée qui pourrit
Consommez plus, vous vivrez moins
Ayez des idées
Céder un peu c’est capituler beaucoup
Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette
Cache-toi objet
Il est interdit d’interdire
La publicité te manipule
On achète ton bonheur, vole-le
Le béton éduque l’indifférence
Libérez l’expression
Comment penser libre à l’ombre d’une chapelle ?
Travailler mieux !
Article 23 : un “droit au travail”
universel...
En décembre 1948, la déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par
l’ONU (Organisation des Nations Unies), reconnaît en son article 23 que :
- Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des
conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
- Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail
égal
- Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui
assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine, et complétée, s’il y a lieu, par tous moyens de protection sociale.
- Toute personne a droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier
à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
... mais pas pour tous
Mais le droit au travail peut aussi être compris comme le droit d’avoir un
emploi, droit qui n’est pas aujourd’hui assuré à tous (chômeurs, femmes, etc.).
La DUDH ne garantit par ailleurs que la “protection contre le chômage”. Cette
protection est, elle-même, encore très incomplète de nos jours. En mai 2008, en France, seule une personne sur deux en recherche d’emploi a droit aux indemnités de chômage. Les exclus du
système ont moins de 30 ans dans près d’un cas sur deux ; ce sont surtout les femmes (qui majoritairement occupent les emplois à temps partiels) qui sont les moins bien indemnisées par
l’assurance chômage.
Les formes de travail sont très diverses et ont fortement évolué. De même la
pénibilité du travail n’est plus la même. Mais le cadre de travail n’a rien d’un paradis idyllique aujourd’hui...
De nouvelles maladies professionnelles sont apparues, surtout avec le stress dû
aux rythmes de travail ; une pression qui peut aller jusqu’au harcèlement moral dans certaines entreprises.
Quelque soit le travail, il est à la fois une peine et une manière de se
réaliser, se sentir utile et créer. C’est un facteur de reconnaissance sociale, un moyen de vivre dans des conditions décentes, d’avoir un logement, d’accéder à des loisirs etc. On ne peut donc
s’étonner ni mettre en doute que ceux qui croient le plus à la valeur “travail” sont ceux qui n’en ont pas.
De 1948 à 2008
Le préambule de notre Constitution dispose que « chacun a le devoir de
travailler et le droit d’obtenir un emploi ». Faut-il aller plus loin et inscrire le “droit au travail” dans notre constitution ? Des députés ont déposé une proposition de loi en ce sens.
Ce sujet mérite incontestablement un débat... Plusieurs données illustrent les enjeux pour notre société : le phénomène dit des “travailleurs pauvres” ; des personnes qui malgré leur travail
vivent en deçà du seuil de pauvreté (817 euros par mois). Ou encore le nombre d’emplois précaires (CDD et temps partiels non choisis)...
Alors que l’anniversaire de mai 68 a le mérite de nous replonger dans l’histoire
des mobilisations ouvrières de ces années là, on ne peut manquer de faire la comparaison, en mai 2008, avec le mouvement récent des salarié(e)s de la grande
distribution...
Pour la Ligue des Droits de l’Homme, intervenir sur le terrain des droits
économiques et sociaux tout autant que sur celui des droits civils et politiques est indispensable pour intervenir sur l’ensemble des droits et des libertés. C’est mettre en oeuvre la
citoyenneté sociale
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