"Enseignement du fait religieux" : pourquoi la section dit attention

Kesako ?

La section de Royan s'est penchée sur une proposition de loi, déposée courant 2010, visant à "instituer un enseignement du fait religieux à l'école".

Passée relativement inaperçue, comme nombre de propositions de loi qui ne seront jamais inscrites à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale ou du Sénat, il nous a toutefois semblé nécessaire de réagir, aussi bien pour ce qu'elle entend modifier, mais aussi, et peut-être surtout, pour tout ce que l'exposé des motifs renvoie d'amalgame confus et de raccourcis entre école, religion et ordre moral ou délinquance...

Pour faire votre opinion, à suivre, les documents réalisés par notre section de Royan  :

> la lettre adressée aux députés dont Didier Quentin, co signataire de la proposition de loi

> analyse de la proposition de loi

> une note de lecture sur le rapport de Régis Debray (2002) consacré à "l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque"

 

 

Lettre type à adresser aux députés de votre circonscription

Nous l'avons adressée (le 5 aout 2010)  à ceux de de Charente-Maritime, Didier Quentin et Jean-Claude Beaulieu

A ce jour (11 novembre 2010), ces courriers n'ont toujours pas reçus de réponse.

(ville), le (date) 2010

Ligue des Droits de l'Homme

Section de (ville)

adresse postale : (adresse)

courriel : (courriel)

blog : (site internet ou celui ldh)

 

 

Monsieur (Madame) le Député

(prénom nom)

(adresse)
(cp ville)

 

Objet :proposition de loi n°2287

 

 

 

Monsieur (Madame) le Député,

 

Vous êtes co-signataire d’une proposition de loi (n° 2287) « tendant à renforcer les cours d’instruction civique et à instituer un enseignement du fait religieux ». Et il nous a semblé important de vous faire part de quelques remarques à propos du contenu de cette proposition de loi.

 

D’abord, l’exposé des motifs donne comme justification à cette proposition de lois des motifs assez disparates : sont évoqués pêle-mêle le repli identitaire, la violence, le règlement des différends entre nos enfants à coups de couteaux ( !), l’apparition de la burqa et le débat sur l’identité nationale.

Sur un sujet aussi délicat, il aurait sans doute été préférable de s’en tenir au rapport Debray qui justifiait la nécessité d’un enseignement du fait religieuxen l’inscrivant dans le combat que mène l’école contre l’inculture en général.

 

Ensuite, nous sommes assez dubitatifs quant à l’utilisation du verbe « instituer »dans l’intitulé de la proposition de loi (« instituer un enseignement du fait religieux »). Dans quel sens est-il employé ? « établir officiellement en fonction » ou « établir quelque chose de nouveau pour une longue période »

A la lecture de l’exposé des motifs, on peut penser que vous utilisez le verbe « instituer » dans sa seconde acception : « (…) il est nécessaire de permettre une meilleure connaissance des religions présentes en France (…) cet enseignement apparaît de plus en plus indispensable »

Cependant, la simple lecture des programmes de l’école élémentaire et du collège suffit à constater que cet enseignement est d’ores et déjà présent dans les textes. Quelques exemples :

 

Programme de cycle III de l’école élémentaire (BO du 18 juin 2008) : parmi les sujets abordés en CE2 et en CM1 « L’Antiquité : la christianisation du monde gallo-romain. Le Moyen Âge : le rôle de l’Église. Conflits et échanges en Méditerranée : les croisades, la découverte d’une autre civilisation, l'islam. »

 

Introduction du programme d’histoire de 6ème(BO du 28 août 2008) : « laquatrième partie est dédiée à l’émergence du judaïsme et du christianisme, situés dans leur contexte historique : les principaux éléments de croyance et les textes fondateurs sont mis en perspective avec le cadre politique et culturel qui fut celui de leur élaboration ».

 

Introduction du programme d’histoire de 5ème(BO du 28 août 2008) : « Le programme de cinquième s’ouvre par la découverte de la naissance de l’islam (fait religieux) et de l'islam médiéval (civilisation). Le reste du programme couvre une période au cours de laquelle la civilisation médiévale européenne s’est élaborée (christianisme, féodalité, lente émergence de l'état) »

 

Et si vous utilisez « instituer » dans sa première acception (« établir officiellement en fonction »), on peut se demander si vous n’oubliez pas que l’Assemblée Nationale a adopté, le 18 février 2005, un amendement de votre collègue communiste Jean-Pierre Bard intitulé « l’enseignement de l’histoire du fait religieux ». Cet amendement à la loi sur l’avenir de l’école précisait :

 

« L'enseignement du fait religieux est présent de manière diffuse dans les programmes de nombreuses disciplines : histoire, lettres, arts plastiques ou musique, et il peut facilement s'inscrire en langues et en philosophie, n'est toutefois ni clairement défini ni réellement structuré. Dans le monde d'aujourd'hui où le fait religieux marque tout à la fois l'actualité en permanence et constitue l'une des clés d'accès à la culture comme aux arts, cette situation ne peut être jugée satisfaisante.

Il convient donc, dans le respect de la liberté de conscience, et des principes de laïcité et de neutralité du service public, d'organiser dans l'enseignement public la transmission de connaissances et de références sur le fait religieux et son histoire.

Cela suppose en premier lieu que les jeunes enseignants reçoivent eux-mêmes une formation spécifique adaptée en IUFM, et que l'enseignement du fait religieux figure aussi dans les plans de formation continue. Cela supposera en second lieu que les outils pédagogiques utiles soient conçus et réalisés. Cela supposera enfin une insertion judicieuse de cet enseignement dans les programmes des principales disciplines concernées. »

 

On ne peut imaginer plus claire façon d’« instituer l’enseignement du fait religieux » à l’école. Cet amendement a d’ailleurs inspiré les rédacteurs des nouveaux programmes d’histoire du collège.

 

Enfin, nous nous demandons si cette proposition de loi a véritablement pour objet l’« enseignement du fait religieux », utilisé en référence au rapport de Régis Debray (avril 2002). Cette expression, comme le soulignait Régis Debray dans un article publié dans la revue Études en mars 2002, est essentielle en ce qu’elle a l’avantage de renvoyer à ce qui est

  • « observable »,

  • « évolutif, non réductible, mais sujet à une datation, pris dans un avant et un après »

  • « insistant ou récurrent, tout au long de l’aventure humaine »

 

« Bref, le fait est un point de départ irréfutable. Le bouddhisme est arrivé au Japon au VIIIe siècle, c’est un fait. Les musulmans tiennent que Mohammed a été l’envoyé de Dieu et que le Coran est incréé, c’est aussi un fait. Il y a des vaches sacrées sur les routes en Inde, des danses de possession dans les bidonvilles en Afrique noire, et des centaines de milliers de pèlerins, esprits évolués sachant lire et écrire, à Lourdes et à Saint-Jacques-de-Compostelle en plein XXIe siècle, c’est un autre fait » « Quoi qu’on en pense, das ist. »

 

Mais les précautions prises par Régis Debray dans l’appellation de l’objet de l’enseignement en question vous semblent-elles tout aussi essentielles ? Permettez-nous d’en douter. Ainsi, dans l’exposé des motifs, vous indiquez que « la présente proposition de loi (…) a pour objectif d’instituer un enseignement dans le cadre scolaire des religions et de leur pratique ». Plus question de faits religieux mais bien de religion et de pratiques religieuses ! Le rapport Debray, que vous citez pourtant comme la source et la justification de votre proposition de loi, est, par cette simple phrase, tout simplement nié.

 

Nous nous tenons à votre entière disposition pour poursuivre, de vive voix, cette discussion sur votre proposition de loi et vous prions d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de notre attachement indéfectible à la laïcité de notre République.

 

 

 

 

 

Proposition de loi (n°2287)

tendant à renforcer les cours d’instruction civique

et à instituer un enseignement du fait religieux

 

Quelques éléments de débat

 

« renforcer les cours d’instruction civique »

 

L’appellation « instruction civique » ne semble concerner que l’école primaire (« instruction civique et morale » en cycle II et en cycle III dans les programmes de 2008), le collège parlant d’« éducation civique » et le lycée d’« éducation civique juridique et sociale ». Pourtant, les modifications proposées concernent des articles du code de l’Education relatifs à tous les niveaux de la scolarité (école, collège, lycée et enseignement supérieur).

Mais peut-être s’agit-il tout simplement d’employer une expression qui fleure bon le temps passé ?

 

« renforcer »

Les modifications proposées visent à renforcer ces cours dans quatre directions :

  • intégrer le monde du travail et de l’entreprise dans les questions traitées

    • « Dans l’enseignement supérieur, il est prévu un enseignement sur la responsabilité des personnes morales et sur l’éthique dans le monde du travail » [ajout]

    • « une formation à la connaissance et au respect des droits de la personne ainsi qu’à la compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte, y compris dans le monde de l’entreprise » [modification]

  • mettre en exergue le « respect de la personne humaine » au milieu des valeurs de la République auxquelles les élèves doivent être formés

  • substituer la notion de « responsabilité personnelle et civique » à celle de « responsabilité civile »

  • introduire la connaissance de la diversité et de la richesse des religions présentes en France

« instituer un enseignement du fait religieux »

 

Le verbe « instituer »a deux sens

  • établir officiellement en fonction

  • établir quelque chose de nouveau pour une longue période

A la lecture de l’exposé des motifs, on peut penser que les rédacteurs de la proposition de loi utilisent le verbe « instituer » dans sa seconde acception : « (…) il est nécessaire de permettre une meilleure connaissance des religions présentes en France (…) cet enseignement apparait de plus en plus indispensable »

Cependant, la simple lecture des programmes de l’école élémentaire et du collège suffit à constater que cet enseignement est d’ores et déjà présent dans les textes. Quelques exemples :

Programme de cycle III de l’école élémentaire (BO du 18 juin 2008) : parmi les sujets abordés en CE2 et en CM1 « L’Antiquité : la christianisation du monde gallo-romain. Le Moyen Âge : le rôle de l’Église. Conflits et échanges en Méditerranée : les Croisades, la découverte d’une autre civilisation, l’Islam. »

Introduction du programme d’histoire de 6ème(BO du 28 aout 2008) : « laquatrième partie est dédiée à l’émergence du judaïsme et du christianisme, situés dans leur contexte historique : les principaux éléments de croyance et les textes fondateurs sont mis en perspective avec le cadre politique et culturel qui fut celui de leur élaboration ».

Introduction du programme d’histoire de 5ème(BO du 28 aout 2008) : « Le programme de cinquième s’ouvre par la découverte de la naissance de l’islam (fait religieux) et de l’Islam médiéval (civilisation). Le reste du programme couvre une période au cours de laquelle la civilisation médiévale européenne s’est élaborée (christianisme, féodalité, lente émergence de l’Etat) »

Si les députés signataires utilisent « instituer » dans sa première acception (« établir officiellement en fonction »), on peut se demander s’ils n’oublient pas qu’ils ont adopté, le 18 février 2005, un amendement de leur collègue communiste Jean-Pierre Bard intitulé « l’enseignement de l’histoire du fait religieux ». Cet amendement à la loi sur l’avenir de l’école précisait :

« L'enseignement du fait religieux est présent de manière diffuse dans les programmes de nombreuses disciplines : histoire, lettres, arts plastiques ou musique, et il peut facilement s'inscrire en langues et en philosophie, n'est toutefois ni clairement défini ni réellement structuré. Dans le monde d'aujourd'hui où le fait religieux marque tout à la fois l'actualité en permanence et constitue l'une des clés d'accès à la culture comme aux arts, cette situation ne peut être jugée satisfaisante.

Il convient donc, dans le respect de la liberté de conscience, et des principes de laïcité et de neutralité du service public, d'organiser dans l'enseignement public la transmission de connaissances et de références sur le fait religieux et son histoire.

Cela suppose en premier lieu que les jeunes enseignants reçoivent eux-mêmes une formation spécifique adaptée en IUFM, et que l'enseignement du fait religieux figure aussi dans les plans de formation continue. Cela supposera en second lieu que les outils pédagogiques utiles soient conçus et réalisés, Cela supposera enfin une insertion judicieuse de cet enseignement dans les programmes des principales disciplines concernées. »

On ne peut imaginer plus claire façon d’« instituer l’enseignement du fait religieux » à l’école. Cet amendement a d’ailleurs inspiré les rédacteurs des nouveaux programmes d’histoire du collège.

 

Mais peut-être que les rédacteurs de cette proposition de loi se cachent derrière l’expression « enseignement du fait religieux », utilisée en référence au rapport de Régis Debray (avril 2002), pour parler d’autre chose. Dans un article publié par la revue Etudes en mars 2002, Régis Debray revenait sur ce terme. Il le reconnaissait en préambule, « Ne le nions pas : le fait religieux est de bonne diplomatie ».

« L’expression a de l’emploi parce qu’elle est commode, et d’une neutralité peu compromettante. Elle ne privilégie aucune confession en particulier. Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier. Le laïque soupçonneux d’une possible contrebande spiritualiste excusera le religieux par le fait, qui force, dit-on, à s’incliner. Et le croyant réticent devant toute réduction positiviste d’une foi vivante excusera le fait parce que religieux : qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait le mystère ! L’alliage des deux mots neutralise l’un par l’autre. Le positif par le mystique, et vice-versa. Aussi bien confessants et libres-penseurs y trouvent-ils leur compte, sans y regarder de près. Chacun peut faire sa part du feu... Un mauvais compromis vaut mieux qu’une bonne guerre civile. »

 

Le terme a surtout l’avantage de renvoyer à ce qui est

- « observable »,

- « évolutif, non réductible, maissujet à une datation, pris dans un avant et un après »

- « insistant ou récurrent, tout au long de l’aventure humaine »

« Bref, le fait est un point de départ irréfutable. Le bouddhisme est arrivé au Japon au VIIIe siècle, c’est un fait. Les musulmans tiennent que Mohammed a été l’envoyé de Dieu et que le Coran est incréé, c’est aussi un fait. Il y a des vaches sacrées sur les routes en Inde, des danses de possession dans les bidonvilles en Afrique noire, et des centaines de milliers de pèlerins, esprits évolués sachant lire et écrire, à Lourdes et à Saint-Jacques-de-Compostelle en plein XXIe siècle, c’est un autre fait »

« Quoi qu’on en pense, das ist. »

 

Les rédacteurs de la proposition de loi ne semblent pas toujours tenir pour essentielles les précautions prises par Régis Debray dans l’appellation de l’objet de l’enseignement en question. Ainsi, dans l’exposé des motifs, ils confessent que « la présente proposition de loi (…) a pour objectif d’instituer un enseignement dans le cadre scolaire des religions et de leur pratique ». Plus question de faits religieux mais bien de religion et de pratiques religieuses ! Le rapport Debray, pourtant cité comme justification par ces députés, est tout simplement nié.

 

Sans doute faut-il rapprocher cette volonté à peine voilée d’un « enseignement des religions et de leur pratique » des déclarations de M Nicolas Sarkozy. Pour mémoire…

 

« La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû.»

« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le Bien et le Mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

 

(Discours à St Jean de Latran à Rome – 20 décembre 2007)

 

« Deux défis contribueront à structurer la société internationale du XXIe siècle, peut-être plus profondément que les idéologies ne l’ont faitau XXe. (…) Le deuxième défi est celui des conditions du retour du religieuxdans la plupart de nos sociétés. C’est une réalité, seuls les sectaires ne le voient pas. C’est une réalité incontournable qui avait, en son temps, été prévue par Malraux. »

(Vœux adressés au corps diplomatique – 18 janvier 2008)

 

« Je maintiens, parce que je le crois profondément, que nos enfants ont aussi le droit de rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu. »

(Discours prononcé lors du dîner annuel du CRIF – 13 février 2008)

 

La lecture de l’exposé des motifs révèle d’autres passages surprenants.

 

D’abord, elle permet de comprendre que cette proposition de loi s’inscrit

  • dans une actualité brûlante créant une « urgence » au renforcement de l’apprentissage d’un socle de valeurs communes (repli identitaire, violence, règlement des différends entre nos enfants à coups de couteaux)

  • en réaction à l’apparition de la burqa qui « peut exprimer un rejet ou une méconnaissance de notre culture »

  • et en cohérence avec le débat sur l’identité nationale dans le cadre duquel s’inscrit cette proposition de loi

Bref, des thèmes pas toujours en rapport avec l’objet même de cette proposition de loi mais qui sont depuis plusieurs mois au cœur de la communication présidentielle.

 

Ensuite, elle s’appuie sur un postulat assez candide. Ainsi, pour faire évoluer les comportements (et quels comportements : violence, coups de couteaux…), il « importe que [ces valeurs] soient davantage enseignées et expliquées afin qu’elles imprègnent davantage les rapports entre nos citoyens ».

 

Enfin, on peut être un peu surpris par le flou qui semble s’emparer des rédacteurs du texte lorsqu’il s’agit de définir ce qui doit faire l’objet de cet enseignement renforcé (excepté, bien sûr, les religions et leurs pratiques). On parle en effet de :

  •  
    • « respect de la dignité humaine »

    • « maîtrise [des] instincts violents »

    • « courtoisie »

    • « respect de l’autre »

    • « civilité »

 

Notes de lecture sur

« L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque » - Rapport de Régis Debray (avril 2002)

 

  1. Quels attendus ?

  • Apparent consensus (dès les années 1980)

  • Argumentaire connu

    • Menace d’une rupture des chainons de la mémoire nationale et européenne (risque de rendre incompréhensibles les tympans de la cathédrale de Chartres)

    • Affadissement du quotidien environnant (risque de ne pas connaitre l’origine et le sens de notre calendrier)

    • Angoisse d’un démembrement communautaire (ignorance du passe et des croyances de l’autre)

+ raison pédagogique

l’effondrement des anciens vecteurs de transmission (églises, famille, coutumes, civilités) reporte sur le service public d’enseignement les tâches élémentaires d’orientation dans l’espace-temps

  • L’inculture religieuse fait partie de l’inculture : « on ne renforcera pas l’étude du religieux sans renforcer l’étude tout court »

  • L’histoire des religions est un moyen de raccorder le court au long terme : il faut donner « des moyens supplémentaires de s’échapper du présent-prison pour faire retour, mais en connaissance de cause, au monde d’aujourd’hui »

« Nous voila déjà loin d’un projet bricolé de réarmement moral, d’un minimum spirituel garanti et d’une nostalgie benoite et exclusivement patrimoniale ».

  1. Quelles résistances ?

  • Du coté laïque :

    • C’est le cheval de Troie d’un cléricalisme masqué

    • Cela risque d’aviver à l’école les démons communautaristes (les questions qui fâchent)

« On n’est pas là pour faire du catéchisme »

  • Du coté croyant :

    • C’est le cheval de Troie du confusionnisme, d’un relativisme dénigreur

« Peut-on réduire à une rhapsodie d’observations extérieures et froides un engagement vécu de l’intérieur qui fait corps avec la personne même ? »

Il est donc essentiel de préciser quelques points

  1. Ne pas confondre catéchèse (qui présuppose l’autorité d’une parole révélée) et information (approche descriptive, factuelle, rationnelle des religions sans chercher à en privilégier une), proposition de foi et offre de savoir

  2. On ne saurait reconnaitre aux religions un quelconque monopole de sens mais c’est l’univers symbolique dont l’école se doit d’étendre l’intelligence réflexive et critique (il existe une pensée stoïcienne, que l’on peut ou non partagée mais il existe un fait judéo-chrétien partagé entre croyants et non-croyants)

  3. Reléguer le fait religieux hors des enceintes de la transmission rationnelle et publiquement contrôlée des connaissances favorise la pathologie (intégrisme)

  4. L’approche objectivante et l’approche confessante ne se font pas concurrence pourvue que les deux puissent exister et prospérer simultanément : « la laïcité n’est concernée que par ce qui est commun à tous (les empreintes visibles et tangibles des diverses fois collectives sur le monde) sans se mêler, par prudence et par pudeur, de ce qui n’est commun qu’à plusieurs, à savoir les expériences intimes ».

  5. La déontologie enseignante stipule la mise entre parenthèse des convictions personnelles

  6. L’inculture religieuse affecte autant les établissements privés confessionnels que l’école publique.

3) Quelles contraintes ?

 

Ecarter l’hypothèse d’une matière en plus(au collège et au lycée) :

  • Saturation du système éducatif

  • Précaution laïque (il est à craindre à long terme des intervenants extérieurs : diplômés de facultés de théologie et/ou représentants des différentes religions)

Il faut faire porter l’ambition sur les contenus d’enseignementet sur la préparation des enseignants(rapprocher le scolaire et l’universitaire).

 

4)Quelle laïcité ?

« Le principe de laïcité place la liberté de conscience (avoir ou non une religion) en amont et au-dessus de la liberté religieuse (pourvoir choisir une religion). »

« La laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence (…) Ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait ».

« La faculté d’accéder à la globalité de l’expérience humaine (…) implique(…) la lutte contre l’analphabétisme religieux et l’étude des systèmes de croyance existants. »

Il faut commencer par une leçon sur la laïcité et être, pour l’école publique, encore plus laïque

  • Poursuivre le combat pour la science (« le refoulement du religieux comme trou noir de la Raison, hors du champ du divulgable, au risque de faire la part au feu de l’hermétisme, témoignait peut-être d’une laïcité encore complexée par ses conditions de naissance, une « catho-laïcité » ou d’une contre-religion d’Etat marquée par les combats qu’elle a dû livrer, vent debout, contre la catholicité du syllabus et de l’ordre moral »)

  • Mettre en avant la déontologie laïque (impartialité et neutralité des maîtres)

  • Transcender les préjugés pour désamorcer les intégrismes

C’est un ressourcement de la laïcité. Il s’agit de passer « d’une laïcité d’incompétence (le religieux ne nous regarde pas) à une laïcité d’intelligence (il est de notre devoir de comprendre) »

 

5) Quelles recommandations ?

  1. Réaliser un rapport d’évaluation recensant les expériences du terrain

  2. Rendre sa cohérence au programme d’histoire de 2de

  3. Laisser la possibilité aux itinéraires de découverte au collège d’évoquer des questions religieuses

  4. Idem pour les TPE au lycée

  5. Créer un module à l’IUFM en formation initiale : « Philosophie de la laïcité et enseignement du fait religieux »

  6. Créer un stage national pour la formation continue

  7. Intégrer ce thème aux plans de formation académique

  8. Créer un Institut Européen en Sciences des Religions

  9. Elaborer des outils pédagogiques (par l’IESR)

  10. Demander au Conseil National des Programmes de créer un groupe d’experts pour réaliser des dossiers et des outils pédagogiques

  11. Intégrer le personnel d’encadrement à ces formations

  12. Solliciter le nouveau « Comité de réflexion et de proposition sur la laïcité à l’école »